Le druidisme vu par lui-même.

Le Druidisme contemporain situe son origine dans la Tradition des Druides antiques de l'âge du fer qui étaient déjà les héritiers de ceux qui les avait précédés, et dont nous nous considérons comme les héritiers à notre tour. Nous sommes les héritiers de nos Ancêtres, directement ou indirectement, nous allons sur les mêmes lieux, nous prions les mêmes Divinités, nous nous nourrissons des mêmes énergies et des mêmes symboles. Nous sommes comme eux attachés à la Terre, Mère qui nous nourrit, ainsi qu'au Ciel, le Druide faisant le lien entre les deux. Comme eux, notre «pays» n'est pas seulement de ce monde. Le Druidisme s'appuie sur le mythe Celte qu'il explique et exprime à travers le rituel. Il est aujourd’hui représenté en France par plus d’une centaine de groupes, Collèges, Clairières et Bosquets, certains riches d’un grand nombre de membres, d’autres beaucoup plus restreints. On peut donc estimer que cette Tradition est aujourd’hui suivie par plus d'un millier de membres, sympathisants ou pratiquants, sur le sol national. A l'exception de quelques branches autonomes, souvent détentrices d'autres filiations, la plupart des Ordres druidiques actuels descendent directement de trois Lignées :

- l'Ancient Druid Order, plus connu sous le nom de Druid Order crée par John Toland en 1717 par le rassemblement de bosquets préexistants ;

- l'Ancient Order of Druids fondée par Henry Hurle en 1781 ;

- la première Gorsedd Beirdd Ynis Prydain (Collège des Bardes de l'Île de Bretagne) fondée par Iolo Morganwg en 1792, mais qu'il disait remonter par le biais du Bardisme Gallois au barde Trahearn Brydydd Mawr au XIIème siècle, voire à Geraint le barde bleu, au Xème siècle.

Or même si ces trois fondateurs étaient inspirés par une vision plus ou moins romantique et fortement christianisée du Druidisme antique, les chercheurs des groupements actuels s’efforcent pour la plupart, par l’étude des vestiges archéologiques, des textes anciens, du corpus mythologique et des rémanences symboliques présentes dans les traditions populaires, de retrouver les racines païennes et de s’approcher au plus près des pratiques ancestrales et des cultes druidiques d’origine, tout en les faisant vivre dans la société humaine contemporaine.

Cette démarche est rendue d’autant plus difficile qu’il est de notoriété publique que le Druidisme antique était une tradition orale et que successivement les romains et ensuite les Chrétiens se sont efforcés de la faire disparaitre. Cela dit, difficile n’est pas impossible et l’évolution des rituels découlant des trois Lignées en témoigne.

 

Dès que l'on aborde le domaine celtique, que ce soit au niveau de la civilisation, du Druidisme ou de la mythologie, on se trouve inévitablement confronté au problème des sources. Les Druides ont systématiquement privilégié une transmission orale de leur savoir, induisant la mémorisation de milliers de vers. On retrouve régulièrement l'argument selon lequel la parole écrite est une parole morte ; peut-être était-ce aussi un moyen d'éviter que leurs idées soient détournées. Notons que les Celtes n'ignoraient pas l'écriture puisque nous possédons des inscriptions utilisant l'alphabet étrusque, l’alphabet latin ou l'alphabet grec et qu'ils ont inventé des systèmes particuliers de notation, dont l'écriture oghamique. Cependant ce type d'écriture était réservée au domaine du sacré, et seules des inscriptions funéraires nous sont parvenues.

Parmi les sources documentaires ou autres qui nous sont malgré tout parvenues, nous pouvons citer :

- les textes antiques, témoignages d’auteurs latins et grecs :
- Diodore de Sicile (Bibliothèque historique) ;
- Strabon (Géographie) ;
- Pomponius Mela (De Chorographia) ;
- Lucain (La Pharsale) ;
- Pline l'Ancien (Histoire naturelle) ;
- César (Commentaires sur la Guerre des Gaules) ;
- Posidonios d'Apamée.

- les textes Irlandais et Gallois, écrits du VIIIe siècle au XVe siècle qui retranscrivent les mythes et épopées des peuples celtiques transmis oralement de génération en génération. Les collecteurs transcripteurs les ont affublés d’un vernis chrétien, sous lequel on peut découvrir l’origine païenne.

De cette littérature, on peut citer entre autres :

- le Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured) ;
- le Tochmarc Etaine (Courtise d’Etain) ;
- le Táin Bó Cúailnge (Razzia des Vaches de Cooley) ;
- le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes) ;
- les Mabinogion Gallois.

Dans le même ordre d'idée, on peut également citer des sources d'inspiration celtique telle que le cycle Arthurien, largement modifiées ultérieurement par des thèmes chrétiens, courtois et chevaleresques. L'ensemble de ces textes constituent le corpus des récits légendaires et mythologiques Celtes insulaires, les sources continentales ayant malheureusement été assez polluées par l’interpretatio romana.

- les écrits du Druidisme contemporain dont :

- les Iolo Manuscripts de Iolo Morganwg parus en 1848 ;
- les Barddas de William Ab Ithel, parus en 1862 ;
- le Barzaz Breizh de Théodore Hersart de La Villemarqué paru en 1839.

- Les travaux nombreux légués en ce dernier siècle, pour accroître nos connaissances et réflexions.

- La théologie qui est développée dans ces ouvrages s'inspire de sources diverses : folkloriques, bouddhistes et chrétiennes et demandent un décodage assez strict.

- Des traces archéologiques, tombes supposées de Druides, mais aussi des documents nous éclairants sur la tradition et usages cultuels, on peut citer parmi beaucoup d'autres :

- les tombes supposées druidiques de la nécropole de Pogny (51), de Pottenbrunn (Basse-Autriche), de Camulodunon (Grande-Bretagne) ;
- des vestiges tels que le chaudron de Gundestrup, le menhir de Kernuz (Quimper)…
- la statuaire ;
- les restes calendaires comme ceux de Coligny.

- les rémanences des coutumes païennes dans les traditions (buche de Noël, l'arbre de mai, le feu de la Saint-Jean, Halloween... ) et légendes populaires (Mélusine, Gargantua...). Certains auteurs comme Henri Donteville les ont d'ailleurs largement décryptées.

- les parallèles pouvant être établis avec les autres traditions religieuses, plus particulièrement les autres religions natives et les textes védiques. En effet, les deux traditions ont des racines communes, des systèmes de croyances, des structures, et des panthéons très proches. Par ailleurs, la tradition hindouiste se révèle être une clé d’interprétation des plus importante pour la compréhension des phénomènes religieux Gaulois.

 

Même si, comme nous l’avons vu plus haut, la grande majorité des groupes druidiques actuels tirent leur filiation de l'un ou l'autre des «re-fondateurs» du Druidisme moderne c'est à dire, Iolo Morganwg, Henry Hurle et John Toland, le Druidisme reste une tradition spirituelle «première», une foi européenne «native» mais aussi une tradition qui honore l'inspiration, l'intuition et qui est connue pour avoir refusé de figer l'esprit dans la lettre. Il s'agit d'une tradition vivante, adaptée à notre environnement, à nos rythmes, à nos sensibilités.

Il est une religion pour les uns, une pratique spirituelle d'autres. D'essence païenne, il met l'accent sur les liens qui unissent les Druides à la Terre et au Ciel, ainsi qu'au «pays» (pagus, brogis). Pour nombre de Druides, ces liens ne sont pas simplement fortuits mais «sacrés». ils considérent la Vie, toutes vies, comme participant au souffle de la grande force de Vie universelle, qui est le Souffle Divin. Nos Dieux et Déesses s'expriment dans le Tonnerre, le Soleil, la Terre et dans toutes les forces de la Nature, et en contemplant la Nature et ses Lois, nous pouvons approcher l'esprit des Déités. Les Divinités résident dans les montages, les rivières, les arbres, les forêts et tous les lieux que l'Homme considère comme sacrés. Les lieux de prières ne sont pas uniquement lié à la «topographie», ils ont aussi un sens, une histoire, un «esprit».

Les Dieux et les Déesses guident les hommes et les peuples, ils les inspirent et les aident lors des grands passages de leur vie. Mais les Dieux et les Déesses sont bien plus que cela encore, ils sont force de Vie, expérience, conscience, existence absolus. Ils sont, selon ce dont nous avons hérité de nos Ancêtres : Dagda, Ogmios, Belenos, Lug, Dana, Nodons, Sirona, Cernunnos, Brigantia... ces noms se déclinant de manière différente selon les régions. Nous sommes donc les héritiers de modèles, de mythes, de traditions anciennes dans lesquels nous puisons l'inspiration et la force. Mais nous sommes aussi ouvert au Monde, à la «modernité» et aux grands mouvements de la Vie. Le Druide trouve là de quoi nourrir sa créativité, les profondeurs de sa compréhension et la Sagesse qu'il met au service des hommes, de la Vie et de l'Esprit.

Le Druidisme est adogmatique, il ne cherche pas à fixer l'esprit des Dieux dans une seule expression. Il admet volontiers la pluralité et la richesse des expériences spirituelles tout en reconnaissant ce qui fait de lui une voie unique et authentique, qui se suffit à elle-même.

Si la plupart des Druidisants sont polythéistes et se reconnaissent dans ces principes, quelques uns révèrent le Divin sous d'autres formes, déiste, théiste, panthéiste, hénothéiste, moniste, animiste. La seule constante reconnue est qu’il s’agit d’un culte païen. D'autres se sentent moins liés à l'esprit du lieu ou à celui des Ancêtres. Ces différentes approches nous confortent dans l'idée que la Tradition Druidique permet la pluralité des approches qui, loin de s'exclure, s'enrichissent et se combinent comme autant de reflets de la diversité de nos compréhensions. Il n'y a pas de vérité unique et universelle mais de multiples façons de concevoir le monde et d'honorer les Principes Divins. Ces diversités enrichissent nos parcours spirituels, nous incitent à la réflexion, à l'analyse, à la compréhension, et à la tolérance. Le Druidisme est donc en capacité d'exprimer toutes les nuances de conception du Divin qui sont autant de facettes d'une réalité inexprimable.

Nos lieux de vie, notre époque, nos environnements expliquent également la diversité de nos pratiques et de nos approches. De la même façon que la Nature d'une Terre influe sur tout ce qui y vit , elle influe également sur nos façons de vivre et de pratiquer la Tradition Druidique.

Le Druidisme offre une certaine lecture du monde, une sapience, une discipline de vie. Sans dogme il nous invite à la recherche, au travail, à l'ouverture et délivre peu de messages «moraux». Il s'attachera plutôt à comprendre ce qu'est une relation juste et honorable de l'homme avec toute chose. Il considère que l'homme doit assumer la pleine responsabilité des conséquences de ses actes, indépendamment de l'esprit avec lequel ses actes ont été posés. Parmi les valeurs que respectent les Druides, nous trouvons l'authenticité, le courage, la responsabilité et le respect de la Vie.

A l'instar de nombreuses religions antiques, le Druidisme, est aussi une religion à «mystères» dont certains aspects ne se délivrent que par l'initiation, la progression et le travail individuel. Elle se double donc d’une vision plus «ésotérique» de l’Univers, considérant par exemple que le macrocosme et le microcosme sont faits à l’image l’un de l’autre, sur trois plans: corporel et matériel, spirituel ou informel, animique et subtil. Dans cette vision, tout ce qui vit connaît la transmigration des âmes. Et avec toutes ces formes de vie, le Druide est en empathie. Le Druidisme est donc une religion dont la nature et la portée s'enrichissent, s'éclairent au fur et mesure de notre progression. Progression qui ne s'opère pas par l'exclusion mais par l'assimilation.

Le Druidisme contemporain, tente à travers le mythe de transmettre les codes culturels, la vision philosophique et religieuse ainsi que tous les concepts liés à la culture celte dans son ensemble. Il se doit de répondre aux besoins multiples de l'homme (dans toutes ses dimensions) par ses rites sociaux, ses rites de passage, ses rites saisonniers, sa magie, ses initiations, ses intuitions «métaphysiques».

De nos jours et comme les Druides antiques, nous affirmons régulièrement ses principes en incitant chacun à œuvre pour le Vrai, le Beau et le Juste.

 

La lisière est un lieu intermédiaire où se termine et où commence la forêt. Franchir le pas, vouloir entrer dans celle-ci, c’est entrer dans un lieu, une histoire, une mémoire. Le Druidisme, à l’image de la forêt, a lui aussi son histoire, sa mémoire. Mais lorsque nous sortons de la Forêt des Druides et que nous atteignons la lisière, nous ne sommes plus alors dans le Druidisme. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Par delà les conflits dans le monde, il y a l’émergence d’une conscience planétaire, une aspiration à la paix et à la justice. Dans cette optique, il existe aussi une volonté à faire naître une religion universaliste. La perspective d’une humanité réconciliée autour d’une spiritualité universelle a quelque chose d’enjouant, mais cela ne risquerait-il pas d’aboutir à une uniformisation comme nous en trouvons de plus en plus dans différents domaines ?

Ne perdrions-nous pas la richesse de nos spiritualités respectives ? Ne devrions-nous pas conserver chaque couleur du spectre pour que les différentes lumières de l’arc en ciel puissent encore éclairer nos consciences ?

Nous pensons que chaque religion ou spiritualité a sa spécificité qui en fait sa richesse, et c'est également le cas pour le Druidisme contemporain. Comme nous l'avons vu plus haut, le Druidisme est un paganisme, c'est-à-dire liée au "pagus", au pays, et notamment aux territoires jadis habité par les Celtes, ne sont invoquées dans les rituels exclusivement les divinités celtiques. Les cérémonies qui incluent des divinités d'autres religions ou d'autres cultures, sont un syncrétisme hérité de la mouvance new-âge et ne peuvent être réellement qualifiées de druidiques. Le Druidisme se veut large et tolérant, mais cette ouverture, comme toute chose clairement définie, a ses limites. Ces limites ne sont pas une forme de " fermeture", mais il est des choses qui font partie du Druidisme, et d'autres qui n'en sont pas.

Il arrive aussi parfois que certaines personnes s’inspirent des rituels et des cérémonies druidiques à des fins commerciales. On peut, en effet, trouver aisément des week-ends, des séminaires ou des stages qui proposent des "formations" druidiques moyennant une somme conséquente, et où il est souvent fait un amalgame entre thérapie et pseudo-spiritualité pour rendre le produit plus attrayant. Nous concevons parfaitement que ces stages puissent correspondre à l'attente d'une certaine clientèle, toutefois il est juste de remettre les choses à leur place et de rappeler que ces produits commerciaux entrent exclusivement dans le domaine de la thérapie et du développement personnel.

Cela concerne également ceux qui se font payer pour célébrer des mariages druidiques, et qui demandent parfois des sommes indécentes. Le druidisme est un chemin spirituel, parfois ardu, qui se vit au jour le jour et à l'occasion des différentes rencontres au sein des Collèges et Clairières. Comment le réduire à un simple séminaire d'un week-end. La spiritualité druidique est un héritage qui n'appartient à personne; il ne s'achète pas et on ne devient pas non plus Druide en trois jours, même pour 200 euros…

Si vous décidez d’entrer la Forêt des Druides, vous pourrez trouver un héritage et des pratiques qui petit à petit traceront un Sentier qui vous mènera à la rencontre du Druide en vous. Mais dans la Forêt des Druides vous n’y trouverez pas des « marchands du temple » vous proposant des choses à vendre ; des conceptions n’appartenant pas au Druidisme, et il n’y sera pas non plus honoré les dieux des autres religions. Nous invitons donc chacun à être vigilants et à ne pas cautionner certaines pratiques car celles-ci ne se placent pas sous la Lumière de la spiritualité druidique. D’autre part, l'argent appartenant au monde profane, il ne doit servir que celui-ci. Tout ce qui est du domaine du sacré et de la transmission spirituelle ne saurait être payant.

 

 

Une des principales caractéristiques du Druidisme contemporain est qu'il n'y a pas de dogme ni d'ensemble fixé de croyances ou de pratiques qui s'imposeraient à tous. Il n'y a aucun '"texte sacré" ou l'équivalent d'une bible. Pour les Druides, le seul Livre "sacré" qui se doit d'être étudié est le Livre de la Nature.Il y a cependant un certain nombre d'idées, de valeurs et de croyances communes qui aident à définir la nature du Druidisme tel qu'il est vécu et pratiqué aujourd'hui. De cette façon il parvient à offrir un chemin spirituel et une manière d'être qui évite les problèmes d'intolérance et de sectarisme que les religions établies ont rencontrées. Qu'ils aient choisi d'adopter un point de vue particulier ou pas, la plupart des Druides d’aujourd’hui se caractérisent par leur tolérance envers la diversité des conceptions. Une cérémonie pourra donc rassembler des personnes qui ont des conceptions différentes au sujet de la notion de l'Innomé ou des Divinités celtiques; et elles pourront ainsi célébrer ensemble et de façon harmonieuse. Elles célébreront les saisons et apprécieront la compagnie des autres; se rendant compte qu'aucun n'a le monopole de la vérité, et que la diversité est saine et normale.

 

 

L'au-delà

Bien que les Druides vénèrent la nature, et qu'ils tirent d'elle l'inspiration et la nourriture spirituelle, ils croient également que le monde que nous percevons par nos sens n'est pas le seul qui existe. Un élément central de la croyance des Druides est l'existence d'un monde invisible, un Autre Monde appelé qui serait constitué par un ou plusieurs royaumes qui existeraient au delà de la perception de nos sens physiques, mais qui sont néanmoins réels. Nous pouvons avoir accès à ces royaumes au cours de notre vie, par l'intermédiaire des états de conscience modifiés comme les rêves, la méditation ou l'hypnose. Chaque Druide aura son point de vue sur la nature de cet au-delà, basé sur ses expériences propres, mais c'est cependant une croyance universellement acceptée pour trois raisons.

Premièrement: Toutes les religions ou spiritualités soutiennent qu'une autre réalité existe au delà du monde physique, en opposition avec la conception matérialiste de la vie qui soutient que seule la matière dont nous faisons l'expérience existe et qu'elle est l'unique réalité.

Deuxièmement: La mythologie celtique, qui inspire le Druidisme, est remplie de descriptions de cet au-delà où des humains y côtoient parfois les Dieux.

Troisièmement: L'existence de l'au-delà est implicite chez les Druides du passé, depuis que les auteurs classiques ont déclaré que les Druides croyaient en un processus qui a été décrit comme pouvant être la réincarnation. Certes, les textes peuvent également être interprétés dans le sens d'une survie de l'âme plutôt que de réincarnation à proprement parler, néanmoins c'est cette dernière hypothèse qui est le plus largement répandue parmi les Druides contemporains. La plupart des Druides d'aujourd'hui adoptent la croyance de leurs anciens qui pensaient que l'âme subit un processus de réincarnations successives, sous forme humaine ou bien dans une variété de formes qui pourraient inclure les arbres aussi bien que la roche ou les animaux. Beaucoup de Druides partagent l'opinion rapportée par Philostratus de Tyane au deuxième siècle qui disait que les Celtes croyaient que pour naître dans ce monde il fallait mourir dans l’Autre-monde et, réciproquement, quand nous mourons ici, nous naissons dans l'au-delà. C'est pour cette raison que les rituels funèbres druidiques essayent de se concentrer sur l'idée que l'âme expérimente un moment de naissance dans l'Autre-monde, bien que nous vivions cela comme une mort dans ce monde-ci.

 

On peut légitimement se poser la question du but des renaissances successives. Cela peut se comprendre si nous regardons ce que l'on pourrait définir comme les trois objectifs principaux du Druide. Ces trois objectifs, que les Druides cherchent surtout à développer en eux, sont la sagesse, la créativité et l'Amour. Nous voyons bien qu'il semble illusoire de penser qu'une seule vie pourrait suffire à atteindre ces trois objectifs, c'est pourquoi un certain nombre de vies successives sur terre, plutôt qu'une seule, nous donnent la possibilité de développer entièrement ces qualités en nous.

 

La sagesse

La Quête de la sagesse nous est montrée dans deux vieilles légendes celtiques: une Irlandaise dans l'histoire de Fionn MacCumhaill (Finn MacCool), et une autre Galloise dans la légende de Taliesin. Dans ces deux légendes, la sagesse est recherchée en Irlande sous la forme du saumon de la sagesse, et au Pays de Galles sous la forme des trois gouttes de l'inspiration. Dans les deux histoires, c'est un jeune assistant qui fini par goûter à la sagesse si jalousement recherchée par les adultes. Ces mythes, plutôt que d'enseigner simplement les vertus de l'innocence et de la serviabilité, contiennent des instructions pour acquérir la sagesse, instructions codées dans le symbolisme et la séquence des évènements qu'ils décrivent. C’est pour cette raison que les mythes et les légendes sont employés dans l'enseignement du Druidisme. Par ailleurs, les Druides de l'Antiquité étant décrits commes des philosophes par les Pythagoriciens, on peut penser que la Quête de la sagesse devait être une des préoccupations des Druides du passé.

 

La créativité

La créativité est également un élément central du Druidisme. Dans les temps anciens, ce sont principalement les Bardes qui exprimaient cet aspect à travers les chants et les légendes; ils ont ainsi permis de transmettre la sagesse des Druides. Avec leurs mémoires prodigieuses, ils connaissaient les généalogies des tribus et les histoires liées à leur contrée; ils ont pu ainsi élaborer à partir de celles-ci, des récits et des épopées légendaires. D'autre part, les cultures celtiques montrent un amour de l’art, de la musique et de la beauté qui évoquent souvent une conscience de l'au-delà, et leur mythologie dépeint un monde de beauté sensuelle dans lequel les artisans et les artistes sont très honorés. Aujourd'hui, beaucoup de gens sont attirés par le Druidisme parce qu'ils sentent que c’est une spiritualité qui peut les aider à développer leur créativité. Plutôt que de souscrire à l'idée que cette vie physique est provisoire, et que nous devrions nous concentrer sur la vie après la mort, le Druidisme véhicule l'idée que nous sommes crées pour participer pleinement à la vie sur terre, et que nous sommes nés pour exprimer et partager notre créativité autant que nous le pouvons.

 

L'Amour

Le troisième but du Druidisme est l'Amour. Il nous encourage à élargir la compréhension et l’expérience de celui-ci, de sorte que nous puissions le vivre dans toute sa dimension mystique. La vénération du Druidisme pour la nature nous encourage à aimer le pays où nous vivons, la Terre, la vie sauvage et les étoiles. Il encourage également un Amour de la paix; Les Druides étaient traditionnellement des conciliateurs, et ils le sont toujours. Les cérémonies druidiques commencent souvent par offrir la paix à chaque direction cardinale, il y a une prière de la paix druidique, et ils plantent des «bosquets de la paix». Le Sentier druidique encourage également l'Amour de la beauté en éveillant l'artiste intérieur, et favorise la créativité. L'Amour de la justice est développé dans le Druidisme moderne en étant mentionné dans «la Prière des Druides», et beaucoup croient que les Druides antiques étaient des juges et des législateurs, qui étaient plus intéressés par la remontrance que par la justice punitive.

Le Druidisme encourage également l'Amour de l'histoire; beaucoup de personnes aujourd'hui sont attirés parce qu'elles reconnaissent la puissance du Mythe. Elles l'utilisent autant comme source de reflexion et d'inspiration sur les puissances archétypales de l'être humain, que pour son potentiel de guérison psychique. En plus de tous ces aspects, le Druidisme souligne également la puissance pédagogique du passé et, ce faisant, encourage l'étude des peuples et des coutumes liées aux territoires celtiques, ainsi qu'une vénération pour les Ancêtres. L'Amour des arbres est également fondamental pour les Druides. Tout en étudiant leur science, ils plantent aujourd'hui des arbres, des bosquets sacrés, et soutiennent des programmes de reboisement; reconstituent également des Cercles de pierre, ou bien travaillent avec les cristaux.

Les Druides aiment la vérité, et recherchent celle-ci à travers leur Quête de la sagesse et de la Connaissance. Ils voient les animaux comme étant sacrés et ont de la considération pour le corps physique.

 

Vivre dans le monde

La vraie valeur d'un chemin spirituel réside dans la capacité à vivre le quotidien. Il doit pouvoir nous fournir l'inspiration, le conseil et l'encouragement pour que nous puissions négocier les difficultés, ainsi que les événements tragiques qui sont inhérents à la vie humaine sur cette Terre. Le Druidisme, par sa dimension de connaissance de soi, associé à une relation intime avec le monde spirituel et en requérant l'aide et l'inspiration des Dieux et Déesses , favorise une profonde compréhension de la destinée humaine et des expériences qui lui sont associées.

 

L'enchaînement de la vie et l'illusion de la séparation

Toute la pensée et la pratique druidique est imprégnée de l'idée ou de la croyance que nous sommes tous reliés dans un univers qui est essentiellement bienfaisant, et non pas que nous sommes des êtres isolés qui doivent combattre pour survivre dans un monde cruel. Au lieu de cela, nous nous voyons en tant qu'élément de la grande chaîne de la vie qui inclut chaque créature vivante et toute la création. C'est une vision essentiellement panthéiste de la vie, qui considère toute la nature comme sacrée et inter-connectée. Les Druides éprouvent souvent cette croyance dans leurs corps et dans leurs coeurs plutôt que simplement dans leurs esprits. Ils éprouvent le sentiment d'être de plus en plus chez eux sur cette planète, quand ils marchent dehors sur la terre et qu'ils contemplent la lune ou les étoiles, ou sentent dans le vent la pluie qui approche. Ils sentent ainsi dans chaque fibre de leur être qu'ils sont une partie de la grande famille de la vie, qu'ils sont «à la maison», et qu'ils ne sont pas seuls. Les conséquences de ces sentiments et de ces croyances sont profonds. Indépendamment du fait qu'une attitude de confiance envers la vie apporte des bienfaits sur le plan de la santé psychologique et physique, il y a également des répercussions sur la société. L'abus et la sur-exploitation viennent de l'illusion de la séparation. Une fois que vous savez que vous faites partie de la grande famille de la vie, que toutes les choses sont reliées et que chacun de nos actes à une conséquence, les valeurs d'Amour et de vénération envers la vie en découlent naturellement, de même que la pratique de la paix et de la non-violence.

 

La loi de la moisson

Liée à l'idée que nous tous sommes reliés dans la Grande Danse de la Vie, la croyance partagée par la plupart des Druides est, que quoi que nous fassions dans le monde, cela crée un effet qui nous affectera finalement en retour. Une idée semblable est véhiculée par beaucoup de traditions et cultures : la sagesse populaire en Grande-Bretagne l'indique par l'idée que «ce qui s'en va, reviendra». cette conception est très connue dans le Bouddhisme et l'Hindouisme ou elle est exprimée comme étant la Loi de cause à effet, également appelée karma.

Ces deux croyances que tout est relié et que nous récolterons les conséquences de nos actions sont venues naturellement aux Druides car ce sont des idées qui se développent par une observation du monde naturel. Tout comme le sentiment d'appartenir à la grande chaîne de la Vie peut nous venir lorsque que nous regardons avec admiration la beauté de la Nature, la conscience que nous récolterons les conséquences de nos actions peut également nous venir lorsque nous observons les processus d'ensemencement et de moisson.

 

 

 

Comme le Druidisme est peu répandu, il est par conséquent mal connu. Comme c'est bien souvent le cas pour ce qui est confidentiel, il est victime de préjugés, d'approximations et de clichés. Voici quelques idées reçues concernant le Druidisme.

Des Druides au 21° siècle?... N'importe quoi !

Aujourd'hui, il n'est bien entendu pas question de ressusciter les Druides qui ont disparu en tant que composante sociale il y a plusieurs siècles avec la civilisation à laquelle ils étaient rattachés. Mais si l'on considère le druidisme comme une spiritualité, alors on fait appel à une dimension transcendante où le temps et l'espace tels que nous le concevons, n'ont pas cours. La Nature qui inspira et guida les Druides du passé dans leur Quête est toujours présente. Elle est au service de l'évolution spirituelle de l'homme contemporain comme elle le fût pour nos lointains Ancêtres.

Les Druides ?... Des païens !

Oui... et alors ?!!

Il est surprenant qu'un terme désignant simplement ceux qui n'habitaient pas les villes, ait pu devenir aussi péjoratif ! Aujourd'hui, lorsqu'on parle de païen, on a aussitôt la vision de quelqu'un d'arriéré, de primitif, à la spiritualité rudimentaire et paré de tous les vices de l'humanité, ou tout du moins, des vices décrétés par l'église. Le païen est quelqu'un qui est forcément "dans l'erreur" et qu'il faut ramener à la "vraie foi", à la "vérité". On n'est pas loin du mythe du "bon sauvage" du 19° siècle; Bon sauvage qu'il fallait à tout prix "civiliser". On a vu le résultat...

A côté de cette attitude condescendante, on trouve également une attitude paranoïaque qui va jusqu'à parler du "danger d'un retour au paganisme" !!! On aimerait savoir en quoi consiste exactement ce "danger"... D'autant plus que le paganisme a toujours perduré sous des formes plus ou moins discrètes dans nos villes et nos campagnes. S'il présentait un danger, ça se saurait !! Le seul danger qu'il puisse représenter doit certainement se situer dans la "concurrence" qu'il représente pour des religions monopolistiques qui voient des fidèles potentiels leur "échapper"... Toutefois, il est plutôt rassurant d'être qualifiés de païens par des gens qui se prosternent devant de multiples statues de pierres ou de bois, qui divinisent les sources ou qui organisent des processions pour que les récoltes soient bonnes !! Au moins ils savent de quoi ils parlent...

Les Druides n'ont pas une vision binaire de la vie et du monde; avec d'un coté le Bien et de l'autre le Mal. Ils ne séparent pas les gens entre païens et non-païens; Pour eux, l'harmonie de la Divinité s'exprime à travers la Nature toute entière à laquelle chaque être humain appartient, à travers la Grande Danse de la Vie; Danse à laquelle nous sommes invités à nous joindre et à participer pleinement.

Les Druides ?... Des satanistes !

Satan, le Diable, Belzébuth ou tous les noms qu'on peut lui donner est une invention des religions issues de la Bible. Les Druides auraient donc du mal à vénérer une entité qui, pour eux, n'existe pas et qui n'a jamais existée dans la mythologie celtique! Le satanisme est indissociable du christianisme; les groupes satanistes ne sont donc en rien druidiques puisque leur doctrine se définit par rapport au Dieu anthropomorphe de la Bible.

Le Druidisme ?... C'est réservé aux hommes !

Il est vrai que l'on a pu rencontrer dans le passé certains groupes druidiques qui étaient fermés aux femmes. Mais ces groupes étaient généralement influencés par la Franc-Maçonnerie, certains avaient même une filiation directe avec certaines obédiences. Les Francs-maçons qui composaient en majorité ces groupes druidiques avaient ramené avec eux des "coutumes" qui avaient cours dans leurs Loges.

Aujourd'hui, la majorité des Collèges et des Clairières druidiques prônent une stricte égalité entre les hommes et les femmes; elles suivent le même enseignement que les hommes et il y a des Druidesses tout comme il y a des Druides. Pour nous, la Divinité a attribué à ces deux expressions de la nature humaine, un rôle complémentaire dans le grand Cycle de la Vie. C'est donc tout naturellement que les hommes et les femmes trouvent leurs places dans les Cercles druidiques. En officiant ensemble dans les rituels, ils permettent d'exprimer cette complémentarité; d'apporter la perception, la compréhension et la sensibilité propre à chaque sexe.

Les Druides ?... Des nationalistes!

La Clairière Cerridwen, comme l'écrasante majorité des mouvements druidiques actuels, se préoccupe exclusivement de la spiritualité druidique contemporaine. Elle pratique ses activités dans le strict respect des lois et des valeurs de la République. Les discussions politiques n'y ont pas leur place et nous laissons à chacun le libre choix de son orientation politique. Dans le même ordre d'idée, nous ne soutenons ni ne cautionnons aucun mouvement politique, de quelque bord que ce soit. L'utilisation ou la récupération de tout ou partie des textes présents sur ce site par des sites à vocation politique sera donc faite sans notre aval.

Le Druidisme ?... Une secte !

Alors que le Druidisme est reconnu comme religion officielle en Grande-Bretagne, au Québec et en Espagne, il y a, en France, pratiquement toujours un amalgame entre Druidisme et secte. Comme toutes les spiritualités alternatives, le Druidisme est victime de cet à-priori typiquement franco-français qui fait que tout mouvement spirituel qui ne fait pas partie des "grandes" religions, ou des religions "officielles" est presque systématiquement rangé dans la catégorie des sectes. Soit par ignorance ou par paresse mentale, mais également parfois avec une réelle volonté de désinformation en jetant le discrédit sur les spiritualités alternatives afin de les combattre et de les éradiquer. Pourtant, bien qu'il existe des mouvements ou de groupes parfois très différents, le Druidisme est placé dans son ensemble sous la même étiquette péjorative. Afin de trouver des outils d'information sur ce sujet, nous vous renvoyons vers les sites traitants de ce problème afin que chacun puisse faire preuve de vigilance et de discernement dans ses démarches et ses rencontres. Toutefois, il faut savoir que les rares sites d'information sur les sectes sont souvent des sites chrétiens, et qu'il est donc pratiquement impossible d'avoir une information impartiale et objective sur ce sujet.

Quoi qu'il en soit, même si la recherche du pouvoir peut parfois se rencontrer auprès de personnes à l'ego surdimensionné, ce sont principalement des personnalités attirée par l'appât du gain que l'on risque de croiser le plus fréquemment. Nous insistons donc sur le fait que les enseignements, rituels et initiations sont gratuits et qu'il est inconcevable qu'une pratique druidique s'élève à plusieurs centaines d'euros par an, même en faisant miroiter d'hypothétiques connaissances à l'issue d'un pseudo "cursus". D'autre part, le Druidisme est une voie de liberté et, selon l'expression conscrée, le Druide est "un homme libre parmi les hommes libres". Tout ce qui ne satisfait pas à ces deux critières de gratuité et de liberté de pensée ne doit donc pas être considéré comme véhiculant la Tradition Druidique.

Dans le Druidisme, comme dans n'importe quelle discipline spirituelle, artistique ou professionnelle, seule une longue pratique, jalonnée de constance et de persévérance, peut nous faire avancer sur le Sentier.



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