Le néochamanisme peut tuer...

NEOCHAMANISME : TROIS MORTS PENDANT LA RETRAITE «SPIRITUAL WARRIOR» DE SEDONA, LE CENTRE NEW AGE DE L’ARIZONA…

par Armelle VINCENT

25 octobre 2009

«La cérémonie de purification dans la hutte surchauffée culminait
les cinq jours de retraite. Les journées précédentes avaient été harassantes.
Depuis trente-six heures, les participants, qui avaient payé dix mille dollars
pour la sauterie spirituelle, jeûnaient et s'adonnaient
à des exercices physiquement et mentalement éreintants
destinés à transformer radicalement leur existence.»

James Arthur Ray a trois morts sur la conscience. Ça ne l'empêche pas de continuer sa tournée de séminaires entre Etats-Unis et Canada. Il faut bien qu'il recrute sa prochaine fournée de pigeons. Le riche et séduisant gourou du « self-help » est déterminé, malgré la récente tragédie dont il est en partie responsable, à rassembler ses forces et à suivre ses propres conseils.

Sur son site web, il explique : « Les gens me critiquent et me dénigrent, moi et ma mission. Mais j'ai décidé de poursuivre mon œuvre. C'est trop important pour arrêter. L'une des leçons que j'enseigne est de confronter et même d'accepter l'adversité. Croyez-moi, j'ai beaucoup appris et évolué depuis le drame.»

Le 8 octobre dernier, Kirby Brown, 38 ans, et James Shore, 40 ans, ont péri pour avoir obéi aveuglément au gourou. Vingt autres personnes ont été hospitalisées. L'une d'entre elles, Liz Neuman, 49 ans, est morte une semaine plus tard. Et tout ce que James Arthur Ray trouve à dire le 11 octobre est : « Je suis choqué et attristé par la tragédie survenue pendant la retraite “Spiritual Warrior” de Sedona. »

Au ton détaché, on en déduirait presque que Ray ne se trouvait pas sur les lieux pendant le drame. C'est lui qui chaque année, organise cette retraite à Sedona, le centre New Age de l'Arizona. L'endroit est spectaculaire. Pas tant la ville de Sedona elle-même que le paysage époustouflant de mesas ocre et rouges qui l'entourent.

Les autopsies n'ont pas encore révélé la cause exacte des décès de James, Kirby et Liz. Mais on sait qu'ils ont succombé au bout de deux heures passées dans une hutte de sudation (sorte de sauna) improvisée chauffée à 50 degrés ; que certains participants se sont mis à vomir, que d'autres étouffaient et suppliaient -en vain- qu'on leur donne de l'eau tandis que d'autres encore, privés de forces, tentaient de ramper vers la sortie.

Et que faisait James Ray ? Il exhortait ses disciples à rester dans la hutte pour la durée entière de la cérémonie destinée à purifier le corps et l'esprit. Beverly Bunn, une survivante, orthodontiste de son état, raconte : « Au bout d'un moment, tandis que nous nous débattions pour rester en vie, il a tout simplement quitté les lieux. »

Que personne n'ait choisi de défier l'autorité de Ray pour sauver sa peau ou celle de ses voisins est ahurissant. L'homme est un gourou, d'accord, mais son organisation, qui promet épanouissement personnel, fortune et autres bonheurs affublés de noms comme « richesse harmonique », n'est pas un culte ou une secte. Les soixante personnes qui avaient payé 10 000 dollars pour la sauterie spirituelle n'en étaient pas à leur première expérience de ce genre.

La cérémonie de purification dans la hutte surchauffée culminait les cinq jours de retraite. Les journées précédentes avaient été harassantes. Depuis trente-six heures, les participants jeûnaient et s'adonnaient à des exercices physiquement et mentalement éreintants destinés à transformer radicalement leur existence.

Jusqu'à la tragédie, James Arthur Ray bénéficiait d'une réputation bien établie puisqu'il était l'invité régulier de personnalités de la télé comme Oprah Winfrey ou Larry King. Ses disciples suivaient malheureusement ses conseils à la lettre. « Nous lui faisions confiance », ont expliqué plusieurs survivants.

En fait, il aurait suffi qu'ils demandent leur avis aux Indiens sur les méthodes de purification pratiquées dans les « sweat lodges » puisque c'est à eux que Ray a emprunté l'idée. Ils auraient ainsi appris qu'une hutte doit être construite avec des branches de saule, couverte de peaux et de couvertures de laine (pour permettre l'aération) et que seul un homme-médecine rompu à la tradition est habilité à conduire une telle cérémonie.

Au lieu de ça, James Ray a fait ériger sa tente de 40 mètres carrés et 1,30 mètre de hauteur avec les moyens du bord. Il a fait recouvrir la structure de bois d'une bâche bloquant la circulation de l'air. Alors que les Indiens n'autorisent que douze personnes maximum dans leur hutte de sudation et les évacuent au moindre signe de malaise, Ray a surpeuplé la sienne et découragé les gens d'en sortir. Les tribus de l'Arizona lui reprochent aussi de se faire payer. La purification est traditionnellement un don, pas un commerce.

Mais bon. James Ray est un « stratège de la réussite personnelle » qui n'a pas peur de déclarer qu'il vous expliquera le fonctionnement de l'univers pour peu que vous participiez à l'un de ses séminaires. Il ne va quand même pas offrir tous ces conseils gratuitement. Le gourou s'est beaucoup enrichi.

La police de Sedona a ouvert une enquête pour homicide. Personne n'a pour l'instant été inculpé. Mais après le choc initial, les témoins de la tragédie sont en train de sortir des fourrés. Et ce qu'ils racontent de Ray ne présage rien de bon pour son avenir.


A lire: Sur Global Voices, «USA : Exploitation de la culture amérindienne, les huttes de sudation font deux victimes»: http://fr.globalvoicesonline.org/2009/10/20/21933/ 
   
A voir: Les vidéos de James Arthur Ray sur Yahoo: http://fr.video.yahoo.com/mypage/video?s=69026&o=20/

* Le titre original de l’article publié dans le site de Rue89 le 25 octobre 2009 est «Trois morts mais le gourou poursuit ses purifications». La phrase mise en exergue a été choisie par Psychothérapie Vigilance.


Dernière nouvelle: Le gourou néochaman de Sedona inculpé pour meutre; caution fixée à cinq millions de dollars (dépêche AFP, 3 février 2010).
Pour accéder à l'article:
http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=1047&page=9

 



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