Propos sur les "pseudo-psychothérapeutes"...

RAVAGES DES PSEUDO-PSYS

      par Sabine BERNEDE 
      

IL Y A « PSY » ET « PSY ». LES PROFESSIONNELS,
ET LES AUTOPROCLAMÉS.
      A LOURDES, UNE ASSOCIATION PART EN CROISADE
CONTRE LES CHARLATANS.

« La préoccupation première du psychothérapeute autoproclamé est d'ordre économique. Un patient doit durer. C'est d'abord un client qu'il faut fidéliser.
      Sans vergogne, le peudo-thérapeute détecte des problèmes psychiques
ou mentaux chez un sujet sain et équilibré. Il le convainc de suivre une thérapie ». Guy Rouquet, président de l’association Psychothérapie Vigilance.

Qui l'eût cru ? En mangeant vingt bananes par jour, ou quinze jaunes d'œufs, ou encore trois steaks crus, l'instinctothérapie était censée venir à bout de cancers ou de leucémies. Guy-Claude Burger, devenu le gourou du cru, officiait au château de Montramé dans le Val-de-Marne, en faisant payer très cher ses stages et ses légumes frais. Il a fini sa carrière en 2002 devant une cour d'assises : condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour viols sur mineures de moins de quinze ans.
      
      Il y a à boire et à manger dans le domaine des thérapies. Tout et n'importe quoi. Le meilleur comme le pire. Gestalt, cri primal, analyse transactionnelle, psychogénéalogie, rebirth, bio-énergétique, kinésiologie, beaucoup d'autres techniques qui surfent sur la vague new-age… Au royaume de l'ego, il y a des professionnels formés et reconnus. Mais aussi des thérapeutes autoproclamés, qui se comportent en gourous et abusent du malaise existentiel ou de la souffrance psychique d'autrui.
      
      Confronté dans son entourage à ce qu'il appelle de « véritables manipulations mentales », Guy Rouquet, enseignant à Lourdes, a créé en 2001 la première association de victimes de pseudos-pys, « Psychothérapie Vigilance ». Depuis, son téléphone n'arrête plus de sonner. Et son site internet (www.psyvig.com) reçoit 3 000 à 4 000 visiteurs par mois.
      
      « Dans le domaine des thérapies, j'ai découvert une véritable nébuleuse », affirme Guy Rouquet. Cet enseignant passionné de littérature, puisqu'il a créé « L'Atelier imaginaire » à Lourdes, s'est replongé dans les livres, et l'abondante prose qui fleurit sur le développement personnel. « La préoccupation première du psychothérapeute autoproclamé est d'ordre économique », dit-il ; « un patient doit durer. C'est d'abord un client qu'il faut fidéliser. Sans vergogne, avec un aplomb au cynisme inouï, le peudo-psy détecte des problèmes psychiques ou mentaux chez un sujet sain et équilibré. Il le convainc de suivre une thérapie, puis s'ingénie à déclencher une vraie souffrance à partir d'un mal imaginaire».
      
      
      «SA VERITE INTÉRIEURE»
      
      Le drame de l'Ordre du Temple solaire, avec la mort de 16 adeptes, « suicidés » dans le Vercors en décembre 1995, est significatif de la dérive sectaire de certains groupes. Mais il y a d'autres abus, d'ordre financier, sexuel, moral.
      
      Jacqueline, 48 ans, qui vit dans la région, raconte comment sa famille a «explosé » : «Mon mari a été confronté à des difficultés professionnelles, et je pense, à ce que l'on appelle la crise du milieu de la vie. Il est entré en relation avec une psycho-machin qui lui a fait faire des stages de relaxation et de développement personnel. Mon mari s'est alors mis en tête de découvrir sa vérité intérieure, et je peux dire que j'ai assisté à la déstructuration totale de sa personnalité». Résultat : violence conjugale, divorce, enfants qui abandonnent leurs études.
      
      
      « 22 000 € DILAPIDES »
      
      A Paris, Guy, cadre commercial dans une multinationale, vit le même drame avec son épouse, qui, de stages de kinésiologie en séminaires de constellation familiale, a fini par « déménager ». «Une véritable descente aux enfers », commente Guy, qui a tenté, en vain, de déposer plainte contre la thérapeute de son épouse ; le tribunal d'Evry l'a débouté. « Ma femme a été influencée par un véritable charlatan. En cinq ans, elle a dilapidé 22 000 € en formations diverses. Son psychisme est fragilisé. J'ai failli perdre mon travail. Nous divorçons. Et nos trois enfants vont très mal».
      
      Il y a psy, et psy. La loi devrait bientôt permettre de faire la différence entre les professionnels formés et encadrés, et les marchands de bonheur. Mais pour le moment, n'importe qui peut prétendre devenir psychothérapeute. « Ce domaine est un véritable marché financier, avec des écoles privées qui vendent très cher formations et diplômes non validés», dénonce la psychologue Martine Maurer qui a publié un guide salutaire, « Comment choisir son psychothérapeute ? » (Hommes et Perspectives).
      
      En France, 5 % des plus de 15 ans suivent, ou ont suivi, une psychothérapie, conduite par un professionnel, psychiatre, psychanalyste ou psychologue. Dans un sondage BVA publié en 2001, 84 % des patients interrogés estimaient que leur psychothérapeute les avait aidés.
      
      La médecine de l'âme existe, fort heureusement. A condition de trouver une bonne oreille.
      
      
      DISCUSSIONS. UN AMENDEMENT, PRÉSENTÉ EN JANVIER PAR UN DÉPUTÉ, VA ENFIN RÉGLEMENTER LE DOMAINE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE. RÉACTIONS DIVERSES.
      
      Il veut changer les règles du « je »
      
      Bernard Accoyer, député UMP de Haute-Savoie, a fait voter le 8 octobre dernier par l'Assemblée nationale un amendement qui vise à réglementer la psychothérapie en ne l'autorisant qu'aux seuls médecins et psychologues cliniciens. Cet amendement doit être présenté en janvier devant le Sénat : « Des dérives se sont produites, et il est temps de clarifier la situation pour la sécurité des patients. Je reconnais que ce n'est pas simple; je reçois des pressions et même des menaces, mais je suis soutenu par les associations de victimes. J'ai effectivement proposé que le terme de psychothérapeute soit réservé aux psychiatres et psychologues cliniciens. Les psychanalystes, s'ils affirment être dans le soin, le traitement, devront se présenter devant un jury qui appréciera leurs pratiques et leurs connaissances. Quant aux autres, qui pratiquent l'hypnose, la relaxation, ou autre, je leur fais confiance pour trouver une autre appellation ».
      
      Rémi Puyelo, psychiatre toulousain, membre de la Société psychanalytique de Paris : « Je vais vous donner ma définition de la psychothérapie : une aide qu'un psychisme peut apporter à un autre psychisme. Les buts pour en fixer les limites : la modification ou la disparition d'un mal-être. A partir de là , vous avez des théories de type psychologique ou psychanalytique. Les sociétés de psychanalyse ne forment certes pas que des psychiatres et des psychologues ; mais les formations sont longues, contrôlées et encadrées. Que l'État veuille remettre en question cette professionnalisation me paraît être davantage une préoccupation d'ordre économique, alors qu'il s'agit d'un problème de santé publique qui devrait faire l'objet d'un débat national ».
      
      Bruno Dal-Palu, président de l'Affop (Association fédérative française des organismes de psychothérapie ) : « Nous ne sommes pas opposés à une réglementation. Mais pas celle qui est proposée ! Car elle va introduire une nouvelle fracture sanitaire en psychiatrisant la population. Un problème de deuil, des difficultés conjugales ne sont pas des troubles psychiques, mais peuvent nécessiter une aide, un accompagnement. Nous allons proposer un contre-amendement à Bernard Accoyer ».

* Sabine Bernède est journaliste à La Dépêche du Midi. « Ravages des pseudo-psys » a été publié dans le magazine de La Dépêche du dimanche le 9 novembre 2003 (rubrique : Société). 
L’article est également consultable dans le site: http://www.ladepeche.com/
      et à l’adresse URL suivante: http://www.prevensectes.com/sciento.htm.